• Rencontres fortuites, échanges de paroles, de regards, de coups, de mimiques, de mots, actions et réactions, stratégies furtives et rapides, combats ignorés de ceux-là mêmes qui se les livrent avec l'acharnement le plus vif, telle est la matière première qui constitue l'objet, inhabituel, de la présentation de soi.
    Pour ordonner ces miettes de vie sociale - résiduelles pour la sociologie canonique qui les néglige - sur lesquelles il concentre l'attention la plus minutieuse, goffman prend le parti de soumettre à l'épreuve de l'explicitation méthodique une intuition du sens commun : le monde est un théâtre. le vocabulaire dramaturgique lui fournit les mots à partir desquels il construit le système des concepts propre à abstraire de la substance des interactions quotidiennes, extérieurement dissemblables, les formes constantes qui leur confèrent stabilité, régularité et sens.
    Ce faisant, goffman élabore dès la présentation de soi, son premier livre, les instruments conceptuels et techniques à partir desquels s'engendre une des oeuvres les plus fécondes de la sociologie contemporaine et qui sont peut-être aussi au principe de la constitution des catégories fondamentales d'une nouvelle école de pensée : en rompant avec le positivisme de la sociologie quantitative en sa forme routinisée et en s'accordant pour tâche de réaliser une ethnographie de la vie quotidienne dans nos sociétés, la présentation de soi peut être tenu pour un des ouvrages qui sont au fondement du courant interactionniste et, plus généralement, de la nouvelle sociologie américaine.

  • Des couloirs transformés en hébergements de fortune, des personnels de santé au bord de la crise de nerfs, des mobilisations récurrentes, nombreux sont les signes d'une période éprouvante pour l'hôpital public. Pourtant, aux protestations réclamant des moyens supplémentaires, les différents gouvernements et experts des systèmes de santé répondent que le problème de l'hôpital n'est en rien financier mais organisationnel et qu'il suffirait de repenser sa place dans le système de santé, son organisation et ses missions. L'hôpital serait en crise, il faudrait en réformer le mode de gestion afin de le rendre économiquement performant et de répondre aux « attentes » des « usagers ».
    Contre cette vision sommaire et simplificatrice, cet ouvrage décrypte la fabrication des différentes « crises » de l'hôpital public, dans leurs dimensions financière, organisationnelle et territoriale. A partir de plusieurs enquêtes sur les personnels hospitaliers et les conditions d'exercice de leur métier, il montre que les réformes entreprises depuis les années 1980 ont progressivement fragilisé l'organisation des soins au point d'en interroger aujourd'hui la pertinence et de promouvoir l'« innovation » comme remède miracle aux maux hospitaliers. Cette superposition de crises implique ainsi différentes façons de dire les problèmes et par là, les solutions à apporter. Derrière ces lectures concurrentielles et parfois antagonistes se joue en fait la conception même du rôle et de la place de l'hôpital public. Un débat démocratique qu'il est temps d'engager.

  • Cet ouvrage représente l'aboutissement d'une recherche constante dans l'oeuvre de goffman : décrire de façon quasi grammaticale ce qui constitue l'étoffe de la société (de toute société), les rapports entre les gens.
    De même que la phrase : " auriez-vous du feu ? " obéit à des règles grammaticales strictes que le locuteur est obligé d'appliquer s'il veut se faire comprendre (et qu'il applique sans y penser) de même les comportements " interpersonnels " alors manifestés (façon de s'approcher, mouvements réciproques du regard, forme de l'adresse - " vous ", " monsieur ", etc.) sont régis par des règles rituelles auxquelles il faut se conformer si l'on ne veut pas choquer.
    Il y a pourtant une différence, que goffman souligne à plusieurs reprises : si les règles linguistiques forment une grammaire, les règles rituelles constituent un " ordre ". et l'ordre social, à la différence d'une grammaire, n'est pas au-delà de l'éthique, car il n'est pas simplement un code fonctionnel, mais il traduit aussi des rapports de domination et de profit. il s'ensuit que " mal " se comporter à une tout autre dimension que " mal " parler (au sens de faire des " fautes " de syntaxe).
    C'est cette dimension proprement politique du comportement inter-individuel qui se découvre progressivement au long des sept articles qui composent le livre et qui se complètent en un cheminement du plus simple au plus complexe, du plus extérieur au plus intériorisé.

  • Expert reconnu des épidémies de choléra dans les pays en développement, Renaud Piarroux ne pensait pas devoir s'impliquer en première ligne dans la lutte contre l'épidémie de Covid-19 en France. Pourtant, de retour d'une mission à Kinshasa début mars, il constate avec effarement combien son propre pays sous-estime le danger et tarde à se préparer. Après plusieurs jours passés à tenter d'alerter ses collègues de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, il parvient à rencontrer Martin Hirsch, son directeur général. Son message fait mouche et les hôpitaux de Paris se mettent immédiatement en ordre de marche.
    Dans ce récit enlevé, Renaud Piarroux, acteur et observateur privilégié de la crise, emmène le lecteur dans une épopée qui le conduira de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière au coeur de la forêt amazonienne, en Guyane, à un moment critique. Il nous dévoile ici toute la richesse de l'épidémiologie?: collecter les informations pertinentes et les analyser, mettre en place des stratégies de lutte pour casser les chaînes de contamination, suivre l'actualité scientifique et discerner, parmi les études, celles dont les résultats sont fiables des autres. Au passage, il nous livre son regard sur la gestion de la crise et pointe carences et dérives qu'il faudra impérativement corriger sous peine de voir des catastrophes similaires se reproduire.

  • Bienvenue dans la société addictogène ! Alcool, tabac, cannabis, cocaïne, ecstasy, mais aussi écrans, jeux d'argent, porno en ligne : les addictions se sont démocratisées. La prolifération des produits psychotropes et des conduites addictives nous oblige à penser leur régulation. De plus en plus, le marché fournit des produits à moindres risques et des solutions techniques pour réduire leur nocivité. L'État, plutôt que de tout miser sur la répression, peut offrir un cadre propre à réduire les dommages socio-sanitaires. Ce double mouvement - expansion du marché et désengagement policier de l'État - renvoie le drogué dans le champ de la citoyenneté. Car les addicts sont des citoyens, comme vous et moi.

  • La mort est ce qui identifie l'homme à l'animal et ce qui l'en différencie.
    Comme tout être vivant, l'homme subit la mort. a la différence de tout être vivant, il nie la mort dans ses croyances en un au-delà. edgar morin dégage les attitudes fondamentales des hommes et des cultures à l'égard de la mort. il examine l'horreur de la mort, le risque de mort, le meurtre, et les deux grands mythes originaires de la mort : celui de la survie et celui de la renaissance. il dégage les croyances concernant la mort dans les grandes civilisations historiques pour en arriver à la crise contemporaine de la mort et aux nouvelles conceptions biologiques sur les relations entre vie et mort.

  • Tout humain normalement constitué sait qu'une vie sans douleur est impensable mais, de là à ce qu'elle soit chronique, il y a une marge que David Le Breton explore magistralement.

    L'examen des itinéraires personnels de «douloureux chroniques» auquel se livre l'auteur montre que, si elle abîme profondément l'existence de nombre de patients, d'autres trouvent au fil du temps un soulagement ou un compromis, mais paradoxalement elle protège certains patients d'autres souffrances plus redoutables encore.

    Il est temps, dit David Le Breton, que l'on développe davantage une médecine de la douleur centrée sur l'expérience intime des personnes afin de les aider, sinon à guérir, à accomplir une «réinvention de soi», autrement dit une réorganisation radicale de leur existence avec et autour de cette douleur chronique à tous les niveaux de leur quotidien, autrement dit à «tenir».

    Dans cette enquête passionnante qui nous concerne tous de près ou de loin, le sociologue explore, consulte, interroge autant ceux et celles qui vivent cette douleur inexpliquée que les soignants qui essayent de juguler ce mal chronique.

  • Les progrès de la génétique, des neurosciences cognitives, des sciences de l'éducation, de l'imagerie cérébrale ont transformé la compréhension des origines et de la nature des troubles du spectre de l'autisme (TSA), appelés aussi troubles envahissants du développement (TED). En conséquence les pratiques recommandées pour l'accompagnement de ces personnes ont radicalement changé.
    À la découverte de l'autisme expose l'état actuel des connaissances scientifiques sur l'autisme, la situation des personnes avec autisme en France, ainsi que les recommandations de bonnes pratiques de la Haute autorité de santé (HAS) et quelques fondements de ces recommandations.
    Cet ouvrage est le fruit d'un travail collectif et s'adresse à un large public s'intéressant aux troubles du spectre de l'autisme : parents, enseignants, personnels soignants - mais aussi élus, et toute personne appelée à rencontrer, intervenir, ou organiser l'accompagnement de personnes avec autisme. Il rassemble, dans un langage simple, les points de vue de personnes avec autisme, de parents, de médecins, de professionnels médico-sociaux, de chercheurs et d'enseignants.

  • Écrans, claviers, souris, plateformes, internet des objets et « intelligence » artificielle envahissent désormais notre quotidien et transforment nos relations aux autres. Après leur entrée dans le champ du bien-être et du quantified-self, des industriels explorent celui de la santé, champ d'autant plus prometteur qu'il offre - avec la chronicisation de certaines maladies infectieuses ou cancéreuses et l'augmentation du vieillissement de la population -, de nombreux domaines d'application. De son côté, la situation actuelle de la crise sanitaire du Covid-19 a modifié en quelques mois des pratiques enracinées depuis des décennies dans le champ de la santé.
    Les attentes et les espoirs sont immenses, de même que les questions soulevées par ces nouveaux dispositifs. Car au-delà de leur capacité à démontrer leur efficacité et l'efficience de leur utilisation à améliorer véritablement le parcours du patient, ces objets connectés produisent un changement de l'expérience intime du sujet avec lui-même. Ils interfèrent également dans la façon dont la relation thérapeutique entre le patient et l'équipe médicale, va pouvoir se nouer. Avec un risque majeur : une dépendance technologisée.
    Les auteurs, ici réunis, exposent plus qu'un simple paysage de l'utilisation de ces nouveaux objets en santé. Ils en soulignent les limites, les paradoxes et les enjeux qu'ils posent à notre définition de l'humanité.

    Auteurs : Jean-Michel Besnier, Grégory Bonnet, Vincent Bunel, Jean-Marc Deltorn, Philippe Drweski, Hervé Dumez, Rodolphe Gouin, Camille Jean, Cristina Lindenmeyer, Étienne Minvielle, Marie-Pia d'Ortho, Aloïse Quesne.

  • Célèbre pour avoir ouvert la voie à la sociologie des émotions, Arlie R. Hochschild développe dans ce livre la notion de « travail émotionnel ». Selon l'auteure, en effet, les émotions ne surgissent pas en nous en s'emparant de notre « moi », mais sont le fruit d'un travail que nous effectuons, la plupart du temps sans en avoir conscience, dans le but d'accorder ce que nous ressentons avec les « règles de sentiments » en vigueur dans notre environnement social.
    Ce que montre par ailleurs l'auteure, c'est comment, au cours des dernières décennies, dans le cadre d'une économie postfordiste où prédominent les emplois de service, et donc les relations avec un « public », ce travail émotionnel a été « capturé » par les entreprises et orienté vers des fi ns marchandes. Dans ce processus, ce sont en particulier les femmes, éduquées pour devenir des êtres sociaux émotionnels, qui sont en première ligne et en subissent de plein fouet les implications : lorsque les émotions sont dictées par l'entreprise, elles deviennent progressivement étrangères à l'individu et perturbent sa capacité à vivre en société.
    Plus que jamais d'actualité, cet ouvrage exceptionnel s'inscrit ainsi dans une double perspective critique : critique féministe du rôle émotionnel imposé aux femmes, aussi bien dans le cadre privé qu'au travail, d'une part, et critique des structures du capitalisme contemporain et de leurs effets délétères sur les individus, d'autre part.

    Traduit par Salomé Fournet-Fayas et Cécile Thomé.

  • Cet ouvrage retrace les changements macro-sociaux qui sont à l'origine de la médecine moderne et du statut du malade aujourd'hui. Il montre comment le social façonne les états de santé des individus, les interprétations qu'ils en donnent, mais aussi leurs pratiques. Ce livre permet de saisir les enjeux du système de santé actuel, marqué par le retour de l'épidémie et l'irruption de la maladie dans l'espace public.Adoptant une démarche plurisdiciplinaire, les auteurs donnent les repères théoriques nécessaires pour analyser les processus sociaux liés à la maladie.

  • De plus en plus, dans tous les secteurs de la société, au travail, dans les relations entre groupes sociaux ou entre traditions culturelles ou religieuses, entre les sexes ou les générations, dans les rapports à l'État et l'administration, ou même en famille, les individus se sentent mal ou guère reconnus. Ils aspirent à la « reconnaissance », nouveau maître mot. De même au plan collectif : durant les deux derniers siècles, les luttes sociales se sont massivement présentées comme des luttes pour la redistribution de la richesse ; elles apparaissent principalement aujourd'hui comme des luttes pour être reconnus. La thématique de la reconnaissance est ainsi devenue centrale en sociologie ou en philosophie politique, comme elle l'est dans la réalité même. Une société juste, pense-t-on maintenant souvent, est celle qui accorde à tous la reconnaissance sans laquelle nous ne saurions vivre. Mais pouvons-nous tous être reconnus, et reconnus à égalité dans nos singularités ? Qu'est-ce qui anime la demande de reconnaissance ? Et l'offre de reconnaissance, par les médias, les directions d'entreprise ou les appareils politiques, n'est-elle pas souvent illusoire et manipulatrice ? Qu'est-ce alors qu'une reconnaissance authentique ? Sur toutes ces questions brûlantes, cet ouvrage apporte le diagnostic et les réponses de sociologues connus (et reconnus) et soulève une question inédite : l'étude des luttes de reconnaissance n'est-elle pas l'objet par excellence non reconnu de la sociologie, celui qui fonde son identité disciplinaire oe

  • La solidarité, valeur centrale de la République, a connu de profondes transformations ces dernières années. Sous l'effet du chômage, mais aussi de la précarité et d'une suspicion croissante envers les pauvres, un certain nombre de réformes ont été mises en oeuvre. La création du RSA a été une mesure-phare de la présidence Sarkozy.
    Quel bilan en dresser ? Alors que les chiffres du chômage repartent à la hausse, comment pérenniser, voire renforcer la protection sociale ? Les contributions ici rassemblées illustrent les tendances de fond à l'oeuvre dans notre société : violence de la crise économique, représentations de la pauvreté, méfiance vis-à-vis des " assistés ", diversité de la situation française, bilan en demi-teinte de la nouvelle législation.
    /> En inscrivant ces mutations dans une perspective historique et sociologique, on peut à la fois signaler les écueils ac-tuels et mettre au point des outils et des expériences pour repenser l'idée de solidarité.
    Ce livre est présenté par Robert Castel, sociologue, directeur d'études à l'EHESS. Dernière publication : Change-ments et pensées du changement (La Découverte, 2012, avec Claude Martin).
    Ce livre a été coordonné par Nicolas Duvoux, sociologue, maître de conférences à l'université Paris Descartes (CER-LIS). Dernière publication : Le nouvel âge de la solidarité. Pauvreté, précarité et politiques publiques (Seuil - La République des Idées, 2012).

  • Le recours aux thérapies brèves n'a cessé d'augmenter ces dernières années, notamment dans l'accompagnement des addictions, phobies, traumatismes, dépressions, traumatismes... Cet ouvrage permet d'éclairer les dimensions théoriques et techniques de ces thérapies auxquelles sont peu souvent formés les futurs thérapeutes, voire ceux en exercice.
    Après un rappel historique, les auteurs présentent les divers courants théoriques (thérapies stratégique, solutionniste, intégrative, transpersonnelle, hypnose ericksonienne, PtNL...), font le point sur la méthodologie, les outils et techniques thérapeutiques spécifiques, ainsi que sur les champs d'application actuels.
    Toute personne concernée par cette approche thérapeutique, que ce soit dans ses études ou ses activités professionnelles, trouvera dans ce livre, informé par la pratique clinique des auteurs, l'essentiel des connaissances.

  • La sociologie du corps est un chapitre de la sociologie plus particulièrement attaché à la saisie de la corporéité humaine comme phénomène social et culturel, matière de symbole, objet de représentations et d'imaginaires.
    Elle rappelle que les actions qui tissent la trame de la vie quotidienne, des plus futiles ou des moins saisissables à celles qui se déroulent sur la scène publique, impliquent l'entremise du corps.
    De quelle manière cette sociologie de l'enracinement physique de l'acteur dans son environnement propose-t-elle une élucidation des logiques sociales et culturelles ?

  • Selon l'OMS, les troubles psychiques concerneraient une personne sur quatre dans le monde. En France, ces troubles occasionnent chaque année plus de 10 000 suicides et près de 200 000 tentatives. Parallèlement, la vente d'antidépresseurs a été multipliée par sept entre 1980 et 2000. Ces pathologies ne peuvent se résumer à une affaire de connexions intra-cérébrales car les peines, les souffrances, les inhibitions, les déceptions, les angoisses, les peurs sont aussi liées aux environnements social et culturel.
    Aborder le psychisme du point de vue des sciences sociales permet de mieux comprendre, analyser et prendre en charge la santé mentale. Émile Durkheim sur le suicide et plus tard Michel Foucault sur la folie ont ouvert la voie. Cet ouvrage souhaite la poursuivre en étudiant également les interactions entre systèmes de soins et politiques publiques, en repensant le rôle et la fonction de la psychiatrie, en enquêtant au plus près des individus et des groupes qui font l'objet des interventions « psy », mais aussi au plus près des soignants.
    La santé mentale est en effet devenue le nouveau langage des luttes sociales. C'est pour répondre à cette exigence de notre monde contemporain que cet ouvrage à vocation pédagogique a été conçu.

  • "Cet ouvrage traite de la parentalité à travers l'analyse des dispositifs d'accompagnement de la fonction parentale, financés par les caisses d'Allocations familiales (CAF). Des experts ont préconisé des axes de politique familiale visant à contrecarrer les effets supposés de l'instabilité conjugale sur l'éducation des enfants et la délinquance juvénile. Des associations, des centres sociaux et des réseaux de - professionnels sont rémunérés pour la mise en oeuvre de cette politique. De quelle teneur est cette politique ? De quelle vision de la société contemporaine est-elle porteuse ? Comment les professionnels du secteur social s'emparent-ils de cette modalité d'action sociale qu'est l'accompagnement de la fonction parentale ? En quoi celui-ci est-il une réponse pertinente et adaptée aux attentes et besoins des parents ?"

  • La surprise, le coup de foudre amoureux, le chagrin, la peur, la colère, la joie, la compassion, nous faisons tous en tout lieu et à tout âge l'expérience d'émotions plus ou moins intenses qui nous marqueront pour la vie. Julien Bernard, toujours attentif aux frontières de l'humain, s'intéresse à ces «points de frottement» qui souvent nous dominent jusqu'à nous paralyser, quand ils ne nous mettent pas en action.

    C'est par elles que nous nous inscrivons affectivement dans le monde naturel et social, par elles que nous nous positionnons face aux autres et que nous développons notre rapport au monde.

    Ressentir des sentiments implique l'hétérogénéité des réalités subjectives et quantitatives qui nous entourent, d'où la difficulté méthodologique que rencontre le sociologue pour les saisir et les étudier. L'enjeu consiste à analyser en amont les déterminismes qui en seraient à la base et, en aval, la dynamique irrésistible que leur expression introduit.

    Devenue une science à part entière incontournable dans les pays anglo-saxons, la «sociologie des émotions» est aujourd'hui un enjeu de premier plan pour les sciences sociales. Nos systèmes de communications ont évolué au point de devenir centraux dans la vie de chacun et nous sommes désormais inscrits dans une «société émotionnelle» pour une longue durée où désormais les sentiments devenus valeurs marchandes se font concurrence bien au-delà de nos personnes.

  • Trois jeunes partagent leurs expériences difficiles de passage à la vie adulte. Ils s'ouvrent sur leurs problèmes de santé mentale, de maltraitance parentale et de consommation. Ils se racontent rétrospectivement dans le premier chapitre de cet ouvrage en soulignant leurs besoins de soutien et l'importance de se raccrocher à l'espoir d'un avenir meilleur pour réussir à se mobiliser positivement. Ces jeunes sont ou ont été membres d'un réseau d'entraide de type « par et pour », dont les auteurs font mention à plusieurs reprises dans ces actes de l'événement franco-québécois  Paradoxes Colloque sur la transition à la vie adulte.
    La première partie de ce livre est consacrée au regard que portent des jeunes en difficulté sur leur transition. Dans la seconde partie, des chercheurs et des professionnels rapportent le point de vue de praticiens sur les améliorations qu'il serait bon d'apporter à l'offre de service pour mieux les aider. Des scientifiques expliquent ensuite, dans la troisième partie de ces actes, les résultats de leurs études. À travers ces perspectives croisées, les auteurs révèlent à quel point les jeunes vulnérables et en difficulté ont besoin de relations d'attachement saines et sécurisantes pour bien se développer. C'est dire toute l'importance que peuvent avoir leurs proches et les professionnels dans leur vie.

  • Au-delà des connaissances techniques et scientifiques, du savoir-faire professionnel, le soin est une relation entre corps, entre personnes, entre présences, dont la contribution à la guérison ou, du moins, à la participation à la vie est d'autant plus efficace qu'elle est authentique. Elle peut dans ce sens emprunter des voies étonnantes, non conformistes, fantaisistes, mais toujours dans la perspective d'une rencontre. Les oeuvres cinématographiques rappellent souvent cette vérité avec justesse et sensibilité. Le cinéma nous interpelle tous parce qu'il est une fenêtre sur le monde, sur des mondes plus ou moins éloignés du nôtre, et parce que le film est un espace-temps qui nous est proposé pour observer ces mondes de près. Le cinéma et ses fictions sont de bonnes occasions pour mener personnellement ou en groupe des exercices d'interprétation, un travail réflexif, pour apprendre, débattre, confronter ses idées et mettre à l'épreuve ses propres positions. C'est à ce cinéma que cet ouvrage fait appel pour réfléchir sur la santé et la maladie, la souffrance et les soins, la médecine et les pratiques hospitalières, le corps et l'expérience vécue. De "Vol au-dessus d'un nid de coucou" à "Intouchables", ses leçons peuvent inspirer aussi bien l'enseignement et la pratique professionnelle que l'intelligence commune. Douze films au programme (par ordre d'apparition) : "Vol au-dessus d'un nid de coucou", "American Beauty", "Les êtres chers", "Vénus noire", "Elephant Man", "Hasta la Vista", "Knock", "Hippocrate", "La donation", "Intouchables", "Patch Adams" et "De plus belle".

  • L'ouvrage « La professionnalisation des acteurs de santé. Recherche, Innovation, Institution » s'adresse aux professionnels, aux chercheurs et aux étudiants en sciences humaines et sociales qui s'interrogent sur les changements qui s'opèrent dans ce champ. Au-delà de l'aspect professionnalisant des formations, objet central de cet ouvrage, la question du développement professionnel des apprenants est en jeu en termes de relation soignant-soigné avec de nouvelles conceptions de la place donnée au patient, en termes de co-création du savoir avec des dispositifs de formation recomposant la relation formateur-apprenant, en termes de conscience critique avec la problématisation comme débat de savoirs et débat de valeurs. Cet ouvrage, proposant des points de vue variés sur la formation professionnelle en santé, est le fruit d'une collaboration entre professionnels de santé, enseignants-chercheurs et praticiens-chercheurs. Cette collaboration, entre le champ de la santé et les sciences de l'éducation et de la formation, s'inscrit dans une dynamique instaurée depuis plusieurs années et donne lieu à une production collectivement pensée qui s'est progressivement construite dans un débat nourri. Les divers points de vue témoignent d'ancrages paradigmatiques et axiologiques renouvelés, compte tenu des évolutions de la société, de la médecine, de la démographie des patients, du contexte socio-économique, de la stratégie nationale de santé (SNS) et de la loi sur la modernisation de notre système de santé (LMSS). Le coeur de cet ouvrage s'offre en trois temps qui répondent à une chorégraphie fondée sur l'expérience, l'innovation et l'émancipation.

  • La médiatisation récente de cas d'addiction sexuelle a mis au jour cette forme d'addiction longtemps cachée car taboue. La prise de conscience nouvelle de cette pathologie a permis l'ouverture d'un débat dans lequel les idées reçues sont nombreuses : « L'addiction sexuelle est surtout un problème masculin », « La pratique d'une sexualité déviante entre adultes consentants ne prête pas à conséquence », « L'addiction sexuelle est une pathologie récente, qui s'est développée avec internet et la multiplication des sites de rencontre », « Les addictifs sexuels sont des agresseurs sexuels en puissance », « Les agresseurs sexuels sont souvent des tueurs en série », « L'addiction sexuelle est associée à d'autres addictions », « L'addiction sexuelle se traite avec des thérapeutiques médicamenteuses et hormonales », ...

  • Le cancer reste aujourd'hui encore une maladie grave, souvent mortelle. Pour les malades, l'espoir repose sur des stratégies médicales diversifiées et des relations singulières nouées avec les soignants et avec les proches. Si la vie personnelle des patients se réorganise à l'annonce de la maladie, les rapports entre soignés et soignants sont bouleversés par les innovations biomédicales et les changements dans l'organisation du travail des praticiens.
    Dans ses pratiques quotidiennes, la cancérologie porte à l'extrême une tension centrale de la biomédecine contemporaine, entre l'évolution vers une prise en charge sanitaire qui se veut de plus en plus « personnalisée » et les exigences propres à la médecine scientifique, « fondée sur des preuves », notamment en termes de standardisation des procédures.
    Au-delà des discours convenus, d'allure scientiste et souvent enchantée, cet ouvrage collectif se propose d'étudier les conditions économiques, éthiques, psychologiques, politiques et institutionnelles des innovations biomédicales et les effets sociaux de leur diffusion. Il montre ainsi comment ces changements dessinent de nouvelles expériences de la maladie chez les patients et leurs proches.

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